
Actualités du marché - 25 septembre 2026
4 min de lecture
- Données
Le Bitcoin franchit les 80 000 dollars alors que les rendements atteignent un plus haut depuis dix-neuf ans
Les actifs numériques ont fait preuve d'une résistance inattendue au cours de la semaine écoulée. Le durcissement du discours de la Federal Reserve la semaine dernière et l'échec du CLARITY Act au Sénat créaient pourtant un contexte difficile : l'inflation demeure trop élevée, la politique monétaire reste restrictive et la voie législative vers un cadre fédéral organisant le marché américain des actifs numériques est au point mort. Les cours ont néanmoins rebondi plutôt que de décrocher. Parti de quelque 75 000 dollars, le Bitcoin a gagné près de 13 % sur la semaine, s'est traité au-dessus de 87 000 dollars le 23 septembre et a terminé autour de 84 000 dollars.1 C'est un franchissement net du seuil des 80 000 dollars. La semaine dernière, nous soulignions justement que ce seuil appelait un catalyseur.
Cela ne signifie pas, selon nous, que les cryptomonnaies se sont découplées de la macroéconomie. Le mouvement reflète un environnement réglementaire plus clair, la poursuite de l'accumulation par les grands détenteurs, une collecte soutenue et une inquiétude croissante quant à la soutenabilité de la politique budgétaire et monétaire américaine.
Le cadre de la SEC devient le régime applicable
Le CLARITY Act n'a pas réuni les soixante voix nécessaires pour poursuivre son parcours : le 15 septembre, le Sénat a rejeté par 49 voix contre 50 la motion de clôture des débats (la cloture), ce vote de procédure qui conditionne l'avancée d'un texte.2 Au sens strict, il s'agit d'un revers. En pratique, la portée en est moindre que ne le suggère le titre, car la Commission avait déjà posé son propre cadre. En mars, la SEC a publié une taxonomie couvrant les matières premières numériques, les objets de collection numériques, les outils numériques, les stablecoins et les titres financiers numériques, et a précisé la manière dont le droit des valeurs mobilières s'applique au staking, aux airdrops et aux actifs wrapped qui ne sont pas des titres financiers.2 Ce cadre avait été conçu pour accompagner une loi appelée à être votée. Cette loi est aujourd'hui bloquée : le cadre de la SEC devient donc le régime applicable, et non une solution provisoire, la SEC comme la CFTC conservant la compétence de le compléter. Ce qui a été tranché, ce ne sont pas les règles elles-mêmes, mais l'identité de ceux qui les écrivent : pour l'heure, les régulateurs.
La collecte constitue le soutien le plus mesurable. Nos données font état d'environ 3,5 milliards de dollars de souscriptions nettes sur les produits d'investissement en actifs numériques à l'échelle du secteur au cours des cinq dernières séances, un net retournement par rapport aux rachats enregistrés au milieu du mois. L'accumulation par les grands détenteurs se poursuit depuis août, à des niveaux toutefois relativement modestes. Le pétrole y a également contribué : le Brent est repassé sous les 100 dollars le baril après cinq séances consécutives de baisse, allégeant une partie des pressions inflationnistes immédiates.1
L'évolution la plus intéressante tient toutefois au comportement des cryptomonnaies face à ce regain de fermeté monétaire. Les indices PMI américains sont ressortis supérieurs aux attentes, confirmant la robustesse de l'activité, tandis que les prix du pétrole restent élevés. Les responsables de la Fed ont eux aussi durci le ton. Michael Barr a mis en avant la remontée des risques inflationnistes et l'atténuation de la menace venue du marché du travail, tandis qu'Austan Goolsbee a averti que le choc énergétique pourrait rendre l'inflation plus persistante. Les marchés ont vivement réagi : la probabilité implicite d'une hausse des taux en octobre est montée à près de 70 %.
Les rendements des emprunts d'État américains laissent moins de place à l'interprétation. Le dix ans a atteint 5,12 % le 23 septembre, son plus haut niveau depuis 2007.1 Dans un cadre macroéconomique classique, il s'agit d'un frein significatif pour le Bitcoin : des rendements plus élevés rendent les titres souverains plus attrayants et resserrent les conditions financières, et une Fed plus restrictive pèse généralement sur les actifs sensibles à la liquidité. Le Bitcoin s'est certes replié en séance par rapport à ses plus hauts, mais bien moins que l'ampleur du réajustement obligataire ne le laissait présager, et il termine la semaine nettement au-dessus de son niveau de départ.
Le cadre, plus que le niveau
La Fed et le Trésor américain se trouvent de ce fait dans une position de plus en plus délicate. Si l'inflation reste élevée, la Fed pourrait se sentir contrainte de relever encore ses taux. Mais des taux plus élevés accentuent la pression sur les finances publiques et sur le marché de la dette américaine. Et si les rendements poursuivent leur ascension, la probabilité d'une intervention plus agressive augmente elle aussi, qu'il s'agisse d'achats de titres du Trésor plus massifs ou d'une autre tentative de comprimer les rendements sur la partie longue de la courbe.
Cette hypothèse relève du risque extrême et non de notre scénario central, mais elle gagne en pertinence. Le fait le plus frappant de la semaine écoulée reste la conjonction d'une collecte soutenue et d'une dynamique de prix positive dans un contexte de taux nettement plus restrictif. Les cryptomonnaies ne se sont pas découplées de la macroéconomie. Le marché semble plutôt passer d'une inquiétude portant uniquement sur les taux à une interrogation sur la soutenabilité même du cadre de politique économique qui les sous-tend.
Notes
Données de marché et de prix, du 23 au 24 septembre 2026 : rendement des emprunts d'État américains à dix ans ; Brent ; cours au comptant du Bitcoin ; CPI américain d'août 2026 (Bureau of Labor Statistics) ; Bloomberg
Vote de clôture des débats (cloture) au Sénat américain sur le CLARITY Act, 15 septembre 2026 ; taxonomie des actifs numériques de la Securities and Exchange Commission des États-Unis, mars 2026
Publié leSept 25th, 2026