
Tokénisation: du concept à l’infrastructure
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- Bitcoin
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Deux plateformes de tokenisation s’apprêtent à entrer en bourse en 2026 : Securitize, via un SPAC Cantor Fitzgerald de 1,25 milliard de dollars, et tZERO, via une IPO traditionnelle.
Aujourd’hui, concentrons-nous sur Securitize, une entreprise qui a déjà tokenisé plus de 4 milliards de dollars d’actifs et géré le fonds BUIDL de BlackRock, soit la plus importante tokenisation d’actifs réels (RWA) à ce jour. Il s’agit de vraies institutions, et de vrais flux.
Securitize est désormais en train de tokeniser sa propre equity et de la coter sur sa propre infrastructure. Si cela fonctionne, tous les banquiers en prendront note.
Son PIPE (Private Investment in Public Equity) de 225 millions de dollars comprend Arche, Borderless Capital et Hanwha, tandis qu’ARK, BlackRock, Hamilton Lane, Morgan Stanley et Tradeweb reconduisent leurs participations existantes. Il s’agit d’institutions structurantes du marché, et non de profils spéculatifs issus de la crypto.
Il est nécessaire de souligner le contexte actuel, de nature exceptionnelle. Circle a grimpé de 167 % lors de son introduction. Gemini et Bullish sont toutes deux entrées en bourse cette année. Le GENIUS Act a été adopté en juillet. Si le shutdown prend fin (il a pris fin mi- novembre, ndlr), le Structure Bill sera annoncé pour le premier trimestre. La fenêtre est ouverte, la situation réglementaire s’éclaircit et les capitaux affluent.
Cantor Fitzgerald, l’architecte du SPAC de Securitize, n’est pas connu pour les opérations symboliques. La firme structure simultanément un SPAC de 4 milliards de dollars avec Blockstream Capital, après une opération de 3,6 milliards conclue avec SoftBank et Tether en avril.
Au total, les transactions liées à la crypto menées par Cantor en 2025 pourraient atteindre 10 milliards de dollars. L’entreprise construit un portefeuille qui considère aussi bien Bitcoin que les titres tokenisés comme des éléments essentiels de l’infrastructure de marché de demain, et non comme des paris marginaux. Ce, en se positionnant sur toute la chaîne de valeur, des sociétés détenant du Bitcoin en trésorerie aux plateformes de tokenisation.
Le moment infrastructure
La réglementation a évolué. Le marché est réceptif. Le capital se met en mouvement.
Je parie sur la tokenisation depuis des années. Mais si la vision a toujours été claire, l’infrastructure n’était pas prête. Impossible de tokeniser des titres à grande échelle lorsque la conservation reste fragile, que les rails de règlement n’existent pas et que les régulateurs sont incapables de déterminer si un token constitue, ou non, une valeur mobilière. Et que que la réponse change selon l’avocat que l’on consulte.
Tout cela a changé. L’infrastructure est désormais opérationnelle. La conservation est assurée selon des standards institutionnels. La sécurité des smart contracts est passée d’un sujet secondaire à une norme : vérification formelle, protocoles d’audit, programmes de bug bounty qui identifient réellement les failles avant qu’elles ne comptent. Le règlement s’effectue on-chain, avec une finalité que les marchés traditionnels ne peuvent égaler. Et la régulation offre enfin suffisamment de clarté pour que des entreprises sérieuses développent leurs activités, plutôt que d’embaucher des équipes de conformité pour débattre avec la SEC.
La thèse a toujours eté simple: Si la propriété peut être représentée numériquement, avec de la programmabilité intégrée, des pans entiers d’intermédiation disparaissent : plus d’agents de transfert, plus de banques dépositaires manipulant des formulaires, plus de délais T+2.
Ce qui reste, c’est une propriété propre, instantanée, vérifiable, circulant à la vitesse de l’information. Mais tout est une question de timing. Arriver trop tôt revient à brûler du capital pour éduquer le marché pendant que l’infrastructure rattrape son retard. Aujourd’hui, alors que BlackRock teste à grande échelle, que les grandes banques disposent de solutions de conservation en production, que les marchés publics recherchent de l’exposition et que les investisseurs souhaitent emprunter contre des actifs réels, la dynamique risque/rendement change complètement.
D’ici fin 2026, la tokenisation sera devenue la norme. La question sera de savoir qui contrôlera l’infrastructure et si les plateformes de cotation actuelles capteront suffisamment de volume précoce pour rester dominantes.
Cantor, fidèle à sa méthode, diversifie ses paris en appliquant le conseil de John Bogle : “Ne cherchez pas l’aiguille dans la botte de foin. Achetez la botte de foin.”
L’optionalité, une fois encore, pourrait bien s’avérer le meilleur trade.

