
Prix du Bitcoin pendant le conflit avec l’Iran : ce que montrent les données
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Alors que la crise iranienne redessine l’appétit mondial pour le risque, l’évolution du prix du Bitcoin et les flux de capitaux racontent une histoire que les investisseurs ne peuvent plus se permettre d’ignorer.
La géopolitique est revenue au centre de la scène ce week-end, le président Trump ayant, une nouvelle fois, choisi un samedi pour déclencher un événement majeur susceptible de faire bouger les marchés. Le départ du personnel de l’ambassade britannique avait déjà constitué un signal d’alerte précoce, si bien que les marchés n’ont pas été totalement pris de court. Mais la rapidité avec laquelle les événements ont évolué depuis lors impose de réexaminer attentivement la place des actifs numériques dans la hiérarchie moderne des valeurs refuges.
Le détroit d’Ormuz : pourquoi cette crise est différente
La question stratégique n’est pas seulement de savoir si l’Iran peut être contenu, mais à quelle vitesse ce type de perturbation se propage dans l’économie mondiale. L’Iran contrôle le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 21 % du commerce mondial de pétrole chaque jour. C’est l’un des rares points géographiques dont dépend réellement l’architecture de l’approvisionnement énergétique mondial.
Cette crise est déjà en train de passer du registre rhétorique au registre opérationnel. Les retraits d’assurances maritimes et la congestion visible des pétroliers dans la région indiquent que les acteurs du transport maritime prennent déjà des décisions concrètes et ne se contentent plus d’observer l’évolution de la situation.
L’activité de drones, combinée aux signaux d’un réalignement entre le Hezbollah et les Houthis, accroît sensiblement le risque d’un débordement du conflit au-delà d’une confrontation bilatérale. La hausse de 13 % du marché pétrolier reflète directement cette fragilité, tandis que le recul actuel de l’or de 1,8 % semble davantage traduire une correction après sa récente surévaluation que l’impact de la crise géopolitique elle-même.
Plus encore que les mouvements du pétrole ou de l’or, c’est celui du Bitcoin qui retient l’attention. En tant que seul grand actif liquide négocié en continu les week-ends, le Bitcoin a historiquement servi de soupape lors des phases de réduction forcée du risque lorsque les marchés traditionnels sont fermés. Lors des précédents chocs survenus le week-end (qu’ils soient géopolitiques ou macroéconomiques), il a généralement absorbé la pression vendeuse, les prix se redressant ensuite à la réouverture des marchés actions, lorsque le risque se redistribuait. Cette fois, le schéma a été différent. Le Bitcoin a progressé dans un contexte d’instabilité plus large. Au lieu de servir de vecteur de ventes paniques, il a attiré des capitaux. Cette divergence n’est pas anodine.
Comprendre la résilience du Bitcoin suppose toutefois de replacer les événements dans leur contexte. Au cours des cinq mois précédant cette escalade, nous estimons qu’environ 30 milliards de dollars de sorties nettes de “whales” (c’est-à-dire des ventes soutenues de la part des grands détenteurs) ont déjà pesé sur le marché, faisant passer les prix sous plusieurs seuils techniques et de valorisation importants. Cette phase prolongée de distribution est déterminante, car elle a profondément modifié la structure de l’offre marginale.
Lorsque le risque géopolitique est réapparu, le marché avait déjà absorbé une grande partie des vendeurs les plus pressés. Les valorisations MVRV (Market Value / Realised Value) s’étaient contractées jusqu’à environ un écart-type par rapport à la valeur réalisée, un niveau historiquement associé aux phases tardives d’une correction plutôt qu’à sa prolongation. Le RSI du Bitcoin a récemment atteint 16 à son point bas, un niveau qui traduit des conditions de survente extrêmes au regard des standards historiques. Les ratios de levier sont passés de 33 % en octobre 2025 à 25 %, revenant ainsi à leur moyenne de long terme, ce qui suggère que l’essentiel de l’excès spéculatif avait déjà été purgé du marché.
En bref, lorsque le choc lié à l’Iran s’est produit, il est survenu sur un marché qui avait déjà complété une grande partie de son ajustement. La structure était plus saine. Le vendeur marginal était moins présent. Et l’acheteur marginal, lui, semblait déjà prêt à intervenir.
Les données de flux apportent une confirmation essentielle : après cinq semaines consécutives de sorties des ETF totalisant 4,3 milliards de dollars (un volume comparable aux pics observés lors des précédentes phases correctives), la semaine dernière a enregistré 1 milliard de dollars d’entrées. Rien que lundi, premier jour de cotation après l’escalade du week-end, 500 millions de dollars supplémentaires ont afflué. Les investisseurs ne fuient pas ce marché : ils y entrent.
Le tableau n’est toutefois pas sans zones de tension. La dernière publication du PPI (indice des prix à la production) est ressortie nettement au-dessus des attentes : +0,5 % sur un mois contre 0,3 % anticipé, et +0,8 % pour le noyau, principalement tiré par les services commerciaux. Avec la flambée actuelle des prix de l’énergie sur fond de tensions avec l’Iran, l’inflation sur les biens devrait à son tour s’accélérer.
La conséquence est prévisible : les anticipations de baisse des taux sont repoussées, et les marchés à terme n’accordent désormais qu’une probabilité inférieure à 50 % à une première baisse en juin.
Pour les actifs risqués traditionnels, l’équation est relativement simple : des conditions financières plus restrictives pendant plus longtemps constituent un vent contraire pour les actions et le crédit.
Pour le Bitcoin, en revanche, la situation est plus nuancée. À court terme, un environnement de taux durablement élevés réduit l’attrait des actifs non rémunérés. Mais plus la tension entre une inflation alimentée par l’énergie et la crédibilité des banques centrales persiste, plus l’argument en faveur du Bitcoin comme actif rare et non souverain gagne en force.
Hypothèse à moyen terme : le détroit d’Ormuz comme catalyseur pour le Bitcoin
Considérons un scénario désormais plausible : une perturbation prolongée des voies maritimes dans le détroit d’Ormuz, accompagnée de pics des prix de l’énergie, de tensions sur les chaînes d’approvisionnement et d’une pression potentielle sur les finances souveraines des pays importateurs d’énergie. Dans un tel environnement, la confiance dans la fiabilité de l’infrastructure financière mondiale (banques correspondantes, infrastructures de règlement en dollars, fonctionnement fluide du financement du commerce international) devient une véritable variable, plutôt qu’une hypothèse implicite.
C’est précisément dans ce type d’environnement que les propriétés structurelles du Bitcoin (une émission non souveraine, une indépendance de règlement de type « bearer » - détention directe sans intermédiaire - et une offre fixe) passent d’avantages théoriques à des avantages pratiques.
L’immobilisation d’environ 300 milliards de dollars de réserves de la banque centrale russe en 2022 a démontré que des actifs souverains de haute qualité détenus à l’étranger peuvent devenir politiquement inaccessibles du jour au lendemain, non pas à cause d’un défaut, mais en raison de l’exercice d’un contrôle juridictionnel par les institutions de conservation et les infrastructures de règlement.
Une crise prolongée à Ormuz mettrait à l’épreuve un autre ensemble d’hypothèses financières. Et la classe d’actifs la mieux positionnée pour bénéficier de cette tension est celle qui n’a ni émetteur ni contrepartie et donc aucune dépendance à l’infrastructure financière.
Ce qu’il faut surveiller
Pour les investisseurs qui évaluent cette thèse, les indicateurs suivants sont les plus informatifs à court terme : la poursuite des entrées dans les ETF, un retournement durable après cinq semaines consécutives de sorties représenterait un changement de sentiment significatif ; l’activité des portefeuilles de whales, afin de déterminer si la distribution qui a caractérisé la période d’octobre 2025 à février 2026 s’est réellement modérée ; la trajectoire des prix de l’énergie et ses effets de second ordre sur les anticipations d’inflation et le calendrier des baisses de taux ; et toute escalade des perturbations opérationnelles dans le détroit d’Ormuz au-delà des retraits d’assurance et de la congestion des pétroliers déjà visibles.
Perspective d’investissement
Notre scénario central reste celui d’une consolidation à court terme, avec un biais légèrement baissier. L’environnement macroéconomique n’est pas clairement favorable et l’incertitude géopolitique supplémentaire joue dans les deux sens pour l’appétit pour le risque. Mais l’équilibre des signaux est en train d’évoluer.
Avec un levier désormais réinitialisé, une distribution des whales qui semble se modérer, des métriques de valorisation revenues à des niveaux normalisés et, surtout, 1,5 milliard de dollars d’entrées dans les ETF au moment précis où le risque géopolitique s’intensifie, le marché se comporte comme une valeur refuge en phase de maturation. Chaque semaine qui passe avec cette structure intacte renforce progressivement cette thèse.
La crise iranienne n’a pas créé la thèse du Bitcoin comme valeur refuge. Mais elle en offre le test réel le plus clair dans le cycle actuel et, au vu des 72 dernières heures, l’actif semble être en train de le réussir.
