
Les fondamentaux n’ont pas changé, contrairement aux participants
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Nous vivons une période de profonde dissonance. Les marchés de crypto-monnaies affichent à nouveau une volatilité accrue, davantage alimentée par la spéculation et un sentiment du marché fluctuant que par les fondamentaux.
Pourtant, derrière cette actuelle instabilité se cache un changement structurel plus profond qui s’apparente à une transition.
De la frénésie des petits investisseurs à la maturation des actifs macroéconomiques
Les turbulences sont désormais moins imputables à des cycles impulsés par les investisseurs privés qu’à des macro-forces : dynamique en matière de liquidity, flux institutionnels, réglementation et incertitude macroéconomique. Comme le souligne une récente analyse de l’évolution du Bitcoin, cet actif « traverse une phase de maturation difficile ». Non pas comme un instrument spéculatif marginal, mais comme un actif sensible aux facteurs macroéconomiques et qui suit le rythme des capitaux mondiaux, des politiques des banques centrales et des tendances d’allocation institutionnelle.
Au cours de l’année écoulée, dans un contexte de volatilité accrue et de liquidity réduite, de nombreux investisseurs à long terme ont discrètement revu leurs positions à la baisse. Ce passage d’une pure conviction à un ajustement prudent a marqué un véritable tournant. Ainsi, le marché n’est plus uniquement guidé par des croyances et autres cultes, mais exige de plus en plus certains facteurs fondamentaux du marché des capitaux : profondeur, infrastructure, exécution de niveau institutionnel et clarté réglementaire.
Liquidity et risque : la fragilité avant la structure
Bien que douloureux, le récent drawdown a été instructif. Le Bitcoin (et l’écosystème crypto en général) se comporte comme un actif macroéconomique à bêta élevé plutôt que comme un phénomène guidé exclusivement par l’enthousiasme des investisseurs particuliers.
Nous avons assisté à une baisse de la liquidity. Quant à la profondeur de l’Order Book, elle est plus fragile, ce qui signifie que les ventes forcées et les appels de marge se répercutent désormais à travers des corridors de trading plus étroits.
Si ceci soulève d’importantes questions structurelles, cela met également en lumière une caractéristique essentielle des actifs macroéconomiques matures, à savoir que les drawdowns n’impliquent pas nécessairement une réduction permanente du risque, mais s’inscrivent plutôt dans le cadre d’un passage d’une spéculation alimentée par les convictions à une efficacité du capital fondée sur l’allocation.
Demande institutionnelle, clarté réglementaire et flux réels
Malgré une instabilité à court terme, certains signaux à moyen et long termes restent positifs :
Le cadre institutionnel (conservation, exécution et normes de reporting) continue de s’améliorer. Une plus grande clarté réglementaire se dessine, contribuant à recentrer l’attention des investisseurs sur un retour sur investissement ajusté à la sécurité et à la conformité, plutôt que sur un simple narratif.
Facteurs macroéconomiques favorables : l’incertitude géopolitique, l’excès de liquidités à l’échelle mondiale et les interrogations relatives à la viabilité des finances publiques jouent de plus en plus en faveur des actifs rares et non souverains. Pour nombre d’investisseurs, le Bitcoin se comporte davantage comme un « or numérique » que comme une action.
À mesure que les investisseurs à long terme réajustent progressivement leurs positions, les capitaux institutionnels et les trésoreries d’entreprise devraient représenter une part plus importante de la base de détention, favorisant une stabilité à long terme plus en phase avec les cycles économiques qu’avec les cycles purement spéculatifs.
C’est précisément dans ces moments-là – lorsque les convictions sont ébranlées, mais que le développement structurel se consolide – que les entreprises affichant un bilan solide, une infrastructure institutionnelle et une perspective claire à long terme tirent leur épingle du jeu.
Nous pensons que les années à venir souriront aux entreprises du secteur des actifs numériques qui miseront non pas sur les fluctuations boursières, mais sur une infrastructure stable, une gouvernance rigoureuse, une conformité réglementaire et une exécution transparente.
Perspectives d’avenir : une volatilité à dessein
Nous entrons probablement dans une phase de relative stagnation, les marchés étant encore sous le coup de la récente volatilité et toujours dans l’attente de nouveaux catalyseurs. Ceci n’est pas un signe négatif. Il s’agit plutôt d’une consolidation, une pause naturelle qui permet aux institutions d’élaborer méthodiquement leur exposition tandis que les investisseurs privés se repositionnent.
Quant à la volatilité, elle demeurera une caractéristique propre à cette classe d’actifs. Parfois intense, occasionnellement déstabilisante mais à l’utilité grandissante, elle fait partie intégrante de la transition des crypto-actifs d’une phase de croissance à une maturité de niveau institutionnel. Les signaux qui ont alimenté les cycles précédents (engouement, peur de manquer une opportunité, frénésie d’achat des investisseurs particuliers) s’estompent. Les dynamiques désormais essentielles sont les flux de capitaux, la liquidity, la structure du marché et un alignement macroéconomique.
La géopolitique devient elle aussi un facteur déterminant. Ainsi, le simple fait que la Chine et les États-Unis se disputent activement des avoirs en bitcoins saisis, qu’ils jugeaient auparavant sans importance, en dit long. Les gouvernements se positionnent, les institutions procèdent à des allocations et l’infrastructure poursuit sa maturation.
Les actifs numériques ne sont pas des instruments destinés au trading à très court terme, mais plutôt des investissements à long terme qui exigent une certaine conviction en période de relative incertitude. Ainsi, la volatilité et la consolidation font partie du jeu. Le véritable défi pour les investisseurs consiste à rester fidèles à leur stratégie de fond, et cela même lorsque le sentiment du marché fluctue. Ce ne sont pas les fondamentaux qui ont changé, ce sont les participants. Voilà à quoi tout se résume.

