
Telegram et TON: une blockchain pour 1 milliard d’utilisateurs
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Telegram vient d’ouvrir un nouveau chapitre de son développement, avec la conviction que celui-ci passe par la crypto. En devenant officiellement le principal validateur de The Open Network (TON) début mai, la plateforme de messagerie chiffrée a franchi un cap historique : elle est la première entreprise de cette envergure (plus de 1 milliard d'utilisateurs actifs, selon Pavel Durov) à devenir le principal validateur d’une blockchain. Avant elle, Meta, Reddit, ou encore X avaient exploré cette possibilité, avant de jeter l’éponge pour diverses raisons. Quant au projet World, co-fondé par Sam Altman, il constitue une initiative distincte d'OpenAI et est loin de rivaliser en termes d’ambitions.
Cette montée en puissance en tant que validateur principal, une position qu’occupait jusqu’alors la TON Foundation, s’accompagne d’un plan en sept étapes visant à relancer le projet, baptisé MTONGA (Make Ton Great Again). La première étape a consisté à améliorer les performances de la blockchain : une mise à jour majeure, « Catchain 2.0 », permet de traiter les transactions de manière quasi-instantanée. La deuxième a visé les frais de transaction, réduits à 0,00094 USD par opération au moment de la rédaction. La troisième correspond à la prise de contrôle par Telegram, tandis que les quatre étapes restantes n’avaient pas encore été dévoilées au moment de la rédaction.
Une évolution majeure pour TON
Telegram a donc désormais les coudées franches pour décider des évolutions de TON. Son dirigeant, Pavel Durov, pourra développer le projet conformément à sa vision de départ, lorsqu’il avait lancé la blockchain en 2018 avec son frère, Nikolaï. Il avait ensuite été contraint de prendre ses distances suite aux démêlés de Telegram avec la SEC, tandis que le développement du réseau était repris par la communauté réunie au sein de la TON Foundation, Telegram conservant néanmoins un rôle central au sein de l’écosystème.
En tant que principal décideur quant à l’avenir de l’infrastructure, Telegram pourra approfondir l’intégration des mini-apps TON, des wallets crypto ou encore des paiements sur la blockchain. Les feuilles de route de TON et de Telegram sont désormais alignées, et la vitesse d’exécution devrait s’en trouver considérablement améliorée.
Cela s’accompagne toutefois d’une contrepartie importante: le degré de centralisation de TON s’en trouve accru, ce qui va à l’encontre de l’état d’esprit crypto. Cela fait planer, par exemple, le risque d’implication, voire de censure, d’un gouvernement.
Il faudra toutefois voir, dans la pratique, comment s’organisera la gouvernance, notamment quel sera le rôle exact des validateurs et la manière dont se prendront les décisions. On peut comparer la situation au gouvernement: si Telegram dispose d’une majorité, il devra tenir compte des autres parties prenantes du réseau pour prendre des décisions et appliquer des changements.
Une autre évolution majeure concerne la tokenomique. La création plus rapide de blocs se traduit de manière mécanique par une hausse de l'inflation, dont le taux annuel passe de 0,6 % à 3,6 %. Cela va favoriser le staking et les validateurs, mais pourrait pénaliser les investisseurs qui cherchent une réserve de valeur et conservent leurs tokens de manière passive. Il s’agit d’un véritable changement de paradigme, TON passant d’un modèle basé sur la rareté à une infrastructure utilitaire, l’efficacité technique étant désormais la priorité.
Telegram : plus de pouvoir, plus de responsabilités
Telegram entre ainsi dans une nouvelle dimension. Autrefois simple messagerie, elle devient désormais un fournisseur d'infrastructure à part entière, avec toutes les responsabilités que cela implique. Les enjeux financiers sont immenses : TON est profondément intégré à l'écosystème publicitaire de Telegram. Les annonceurs paient leurs campagnes en Toncoin, tandis que les propriétaires de chaînes perçoivent leur part de revenus en TON via l'infrastructure de monétisation de Telegram. En conséquence, la blockchain doit rester opérationnelle 24h/24 et 7j/7, car toute la suite de services de Telegram (Ad Platform, Wallet, Fragment) en dépend désormais. En ce sens, le rôle de Telegram se rapproche de plus en plus de celui des fournisseurs de cloud comme AWS.
Désormais principal détenteur de TON, Telegram s’en trouve également exposé à ses fluctuations de prix. Ce, d’autant plus qu’il accepte le TON pour les publicités, manipulant ainsi des flux massifs “on-chain”. Cela constitue un risque pour l’entreprise, qui a plus que jamais intérêt à ce que le prix du token reste stable ou augmente.
La position de principal validateur implique enfin un rôle de gestion de la communauté. Il s’agit notamment de créer un écosystème accueillant pour les développeurs. Telegram devra ainsi proposer des programmes de subventions (grants), organiser des hackathons ou encore faciliter l'intégration des Mini-Apps. Ces activités étaient gérées jusqu’à présent par la TON Foundation. Telegram a ainsi annoncé une amélioration des outils destinés aux développeurs. Ces derniers pourront notamment bénéficier de la TON Factory, qui automatise le déploiement des services, et de Tolk, un nouveau langage de programmation plus intuitif.
Un test à grande échelle pour la crypto
Telegram et TON seront scrutés de près par l’écosystème crypto et au-delà, dans les prochains mois. Le succès du projet constituerait en effet la preuve qu’il est possible, et pertinent, de faire tourner une application grand public de la dimension de Telegram sur la blockchain de manière totalement intégrée.
L’entreprise espère ainsi réussir là où les autres géants de la Tech se sont cassé les dents. En cas de succès, cela pourrait non seulement donner des idées à d’autres opérateurs, mais également remettre en question le modèle sur lequel fonctionnent les blockchains de Layer-1. Alors que la plupart des acteurs présentent leur infrastructure comme neutre, cela prouverait en effet l’efficacité d’un propriétaire doté de pouvoirs accrus pour piloter son développement.
Les investisseurs européens souhaitant s’exposer à TON de manière régulée, avec des taux d’intérêt fixes, peuvent le faire via CTON.
Publié leMai 13th, 2026